Profiel van AngélineZébrine bouquine...Foto'sWeblogLijstenMeer ![]() | Help |
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04 februari Dans la peau d'un clandestinQu’est-ce que ça fait d’être dans la peau d’un clandestin ? Le verbe « être » n’est même pas approprié ; ces misérables des temps modernes n’existent plus ; ils ont quitté un mal-être pour trouver le non-être le plus absolu. Un père et sa fille tournent en rond dans un appartement quelque part en Suède. Ils viennent juste de réchapper d’une traversée en bateau que l’on découvre périlleuse et inhumaine et au cours de laquelle la mère est morte. Désormais, ils sont loin de leur terre d’origine, mais loin de leurs rêves aussi. Savent-ils encore ce qu’est un rêve ? On ne le sait pas. Ils attendent d’hypothétiques papiers, qui n’arriveront jamais, bien sûr. Là où ils sont, les définitions ne sont plus les mêmes, les attentes sont déçues, le quotidien n’est là que pour tenter de trouver un sens, et la peur, palpable et tenace, s’incarne comme une troisième présence dans ce huis-clos en perte de repères. Je ne connaissais pas l’œuvre théâtrale de Henning Mankell ; ce texte m’a émue à la fois par son extrême dureté et sa profonde humanité en laquelle, semble-t-il, réside la seule possibilité d’une issue. Et pour preuve : le cœur d’Henning Mankell n’a pas de frontières. Il vit une bonne partie de l’année au Mozambique où il a créé un théâtre, pour lequel il écrit et met en scène. Quant aux comédiens, ils sont tout simplement criants de vérité et de sincérité. Ténèbres, de Henning Mankell, mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman, avec Maurice Bénichou et Rachida Brakni, du 15 janvier au 10 février 2007, à Théâtre Ouvert 03 februari Lévytation« Qu’est-ce que la profondeur en art ? La profondeur est à la surface. » (Italo Calvino, in Leçons américaines). Cette citation piochée au gré de ma déambulation dominicale à la librairie du Mk2 Quai de Loire – alors que j’étais juste sortie de la séance au beau milieu du film que j’étais allée voir, et dont je ne vous parlerai pas, ou si peu, là tout de suite, comme ça c'est fait (Truands, de Shoendoerffer, une immondice, rien de moins) – illustre d’une façon merveilleusement adéquate ce que j’ai ressenti quelques heures plus tôt devant les œuvres de Ra’anan Lévy au musée Maillol. J’ai fait connaissance avec une œuvre à la fois réaliste et abstraite, et j’avoue que ça paraît simple à dire mais ce n’est pas si courant que ça… L’artiste révèle des corps, des objets, des espaces a priori sans arrière-pensée. Mais ce qui est visible d’emblée n’est pas le propos. Ra’anan Lévy transmet les émotions, les vestiges d’actions humaines grâce à une peinture qui joue tout son rôle puisqu’elle est au-delà des mots. La chair, un regard, un mur, une porte, un égout n’existent que parce qu’ils servent, et portent les traces d’une vie. Ils s’effacent derrière la couleur fluctuante, abstraction et sublimation de leur représentation. Aucune de ces couleurs n’est unique, mais une alliance chromatique. Les chairs sont roses, ocre, blanches, mauves, vertes, noires ; le blanc n’est jamais blanc, mais jaune, ocre, vert, gris, sale et lumineux tour à tour ; le parquet brun clair, foncé, rose, vert, mauve, sable, lie-de-vin. Ra’anan Lévy place symboliquement la couleur au cœur de son sujet, et ce dès les premières œuvres comme ses Tâches, ou ses séries tout au long de son parcours autour de l’atelier de l’artiste, Eléments essentiels. Même dans un décor dépourvu de présence humaine, on voit, à travers les pots de peinture, l’évolution, le mouvement – maintenant inertes, figés dans une statuaire méticuleuse –, de l’artiste qui a utilisé ces pots pour couvrir l’abyme de la toile que l’on contemple. Enfin, ses portraits aux angles de vue audacieux, ses visages grattés donnant à voir des microcosmes en filigrane, véritables paysages de l’âme, sont autant de visions du double chez cet artiste qui aime à jouer avec les impressions et les émotions sur la surface de la toile. Ra’anan Lévy, La chambre double, Musée Maillol, du 16 novembre 2006 au 29 janvier 2007 05 december Des photos qui font dans le détailCes deux expos proposent de faire un bout de chemin artistique avec ces deux photographes, des années cinquante à aujourd’hui pour Friedlander, autour des années soixante-dix pour Meyerowitz. Friedlander possède un art très personnel et audacieux du portrait. Il débute dans le métier en prenant de nombreuses photos des grands jazzmen des années cinquante, qui figurent sur les pochettes de disques d’Atlantic Records. Mais il a le chic, délicieux et réjouissant pour nos yeux de nos jours presque saturés d’images, de voir les paysages comme des portraits, en conjuguant les plans et s’amusant des perspectives. Les paysages urbains multiplient les effets de miroir, les reflets d’arrières-plans, les filtrages au travers de grillages, portails, et rideaux de fer. Les coins de rue n’existent que vus d’un angle atypique : le regard du voyeur sur la rue est parasité par le prisme du verre fendu d’une vitrine, il est attiré par un reflet sur le verre, qui se juxtapose à la réalité de la rue juste derrière – cette même rue qui était sensée être le propos, mais qui n’en a qu’une apparence. Deux mondes : l’intérieur intime, brouillon et l’extérieur sans surprise créent une atmosphère inédite, étrange et onirique. De même, dans les prises de vue de sites naturels, Friedlander joue la fantaisie dans ses premiers plans et détourne le regard de ce que l’on s’attendrait à voir. Il ose les feuillages en premier plan, et l’objectif premier de la photo est ainsi « dénaturé » et détourné : ce n’est plus une maison de maître que l’on voit au centre de la photographie, c’est un feuillage malicieux placé devant qui lui vole la vedette. S’y ajoutent sur d’autres œuvres des reflets moirés et argent des arbustes sur un fond de conifères, les transparences opaques de couleurs ton sur ton. Et pourtant, toutes ces variations se jouent sur une palette n’allant que du noir au blanc chez Friedlander. C’est un régal de se laisser ainsi transporter dans les diverses séries de photos, avec comme fil conducteur le désir chez l’artiste de brouiller les pistes et les codes traditionnels de lecture et d’appréciation, en nous invitant à accorder à chaque détail son importance. Un vulgaire poteau devient un point de fuite d’une perspective qui va rythmer la photo. Total décalage, j’adore ! L’expo Meyerowitz est plus restreinte, d’abord sur une seule époque : de 1970 à 1980, et présente une centaine de photos seulement. Dans l’univers en couleurs de Meyerowitz, les coloris sont acidulés, profonds, brillants, et incroyablement lumineux. Les tirages numériques contrecollés sur PVC donnent parfois l’illusion que l’image est éclairée par en-dessous, comme sur une table lumineuse. Je suis littéralement restée scotchée à certaines photos, captivée par ces lueurs venues d’ailleurs, se diffusant depuis la porte restée ouverte d’une voiture dans une ambiance entre chien et loup, ou venant d’un point à l’horizon acculé sous un ciel immense et nuageux. Les couleurs sont aussi éclatantes chez Meyerowitz que latentes chez Friedlander, cachées derrière le spectre du noir et blanc. Si nombre de bungalows, d’ensembles urbains dépeuplés ou presque m’ont fait penser à Stephen Shore, les jungles urbaines, les natures mortes citadines et les portraits de gens du littoral sont auréolés de lumière, de fumées, d’une pléiade d’éléments perturbateurs impalpables qui leur donnent un charme ludique légèrement empreint de nostalgie que je n’avais jamais ressenti auparavant devant une photo. Lee Friedlander, à la Galerie du Jeu de Paume, site Concorde, du 19 septembre au 31 décembre 2006. Joël Meyerowitz, Out of the Ordinary, à la Galerie du Jeu de Paume, hôtel de Sully, du 3 octobre 2006 au 14 janvier 2007.14 november A voir absolument!VU est LE magazine illustré de la première moitié du xxe siècle. À travers la naissance et l’évolution d’un tel magazine, c’est le rapport du lecteur au média qui change complètement au début des années trente : la forme et le contenu font sens, dans une approche visuelle hors du commun. Le magazine, jusqu’alors vecteur de l’écrit, devenait illustré, et bien plus qu’une illustration soumise au texte, on y a « vu » l’affranchissement de l’image. Annonçant le sensationnel et le médiatique, mais aussi symbole d’une liberté totale et grisante. « Le texte explique, la photo prouve. » L’aventure VU n’a duré que douze ans, de 1928 à 1940, mais les graphistes et les photographes actuels s’en réclament toujours. Il n’y a qu’à voir quelques-unes des couvertures et nombre de doubles pages pour s’en persuader. Cet espace de liberté qu’est devenu le magazine à cette époque est le résultat de plusieurs données, car la liberté n’allant pas sans la contrainte (comme dit P. Valéry), les innovations techniques sont le point de départ et le point d’orgue de cette odyssée esthétique. Les professionnels travaillent avec de nouveaux appareils photo : Rolleiflex, Leica, petits Klapp et Folding. Les agences de photographes se multiplient depuis la fin du xixe siècle pour alimenter les magazines, et la concurrence à Paris devient vite internationale. Mais surtout, il existe une flexibilité d’impression inconnue jusqu’alors : l’héliogravure, donnant un rendu de la reproduction photographique tramé et beaucoup plus précis qu’en simili (ne proposant que des blancs et des noirs, sans nuances). L’élaboration des matrices (les modèles de mise en page) sur films transparents offre la possibilité de mettre dans une page autant de photos que l’on veut selon toutes les dispositions possibles et imaginables, sans surcoût. Les photos s’étalent en doubles pages délirantes, inspirées, mais toujours rationnelles, et inventent une manière formelle ainsi qu’une technique narrative. La photo n’illustre plus, elle parle. Puis le photomontage connaît son essor : en associant des fragments de photos indépendantes, le découpage de l’épreuve photographique « défétichise » la prise de vue et donne son heure de gloire aux graphistes. La photo fait plus que « parler » : elle est un concept, une utopie, un slogan. Les équipes travaillent en symbiose pour mettre en valeur mutuellement leurs travaux, mais chaque corps de métier brille tour à tour : imprimeurs, photographes, graphistes, maquettistes, et enfin les reporters. Ces derniers sont peut-être ceux qui éprouvent le plus de liberté dans leur démarche : ils donnent à voir le monde selon un angle de vue précis et subjectif. Ils s’appellent Man Ray, Kertész, Krull, Lotar, Brassaï… Peu à peu, la photo prend le pouvoir : vecteur de l’affectif, de l’immédiat, de l’épique, elle est l’outil de prédilection pour parler des guerres (le républicain espagnol photographié par Capa paraît pour la première fois dans VU et provoque un tollé autour du rôle du photo-reporter, son implication, sa subjectivité, son ambivalence dans les conflits : est-il un témoin, un voyeur, partisan ou indifférent ?), des catastrophes, des questions de société (la libéralisation de la femme y trouve de multiples échos ; du chômage ; des congés payés et des grands politiques du Front populaire), des stars hollywoodiennes (où la photo se transcende elle-même et devient une fin esthétique en soi), de la médiatisation politique (la montée du nazisme en Allemagne, et, ô stupeur, des photos d’Hitler dans son intimité familiale, dans son QG de campagne…). Dans cette façon d’être proche du quidam ou des personnalités, on retrouve parfaitement l'ébauche des lignes éditoriales actuelles (ou « spectatoriales »). Si VU avait perduré, quel magazine serait-il aujourd’hui ? Pour en savoir plus sur Le Mois de la photo, cliquez sur http://www.evene.fr/info/mois-de-la-photo/expos-photos.php Regarder VU, du 2 novembre 2006 au 25 février 2007, Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, 75004 Paris. 11 november Probablement les Bahamas…Au-delà d’une belle performance de comédiens (mention spéciale à Aurélia Alcaïs, virtuose en la distillation des sentiments les plus intimes, toujours entre les lignes, puisque ses propos se complaisent dans le hors-sujet), j’ai découvert deux choses en assistant à cette pièce : l’écriture de Martin Crimp, maître de la langue simple et acide, et la mise en scène d’une pièce radiophonique. Il s’agit d’un portrait de famille à travers les paroles que s’échangent les parents, couple d’un certain âge. Mais déjà à ce stade préliminaire, une question se pose : peut-on vraiment parler de dialogue ? Les paroles fusent, les souvenirs s’emmêlent, les sentences n’attendent pas de réponse, les prises à parti (hein, Franck ?) de Milly ponctuent ses phrases comme autant de points de suspension qui invitent plus le spectateur que son mari assoupi à réagir. Ledit Franck sort de temps à autre de sa léthargie, mais il semble déjà aux prises avec une autre décennie (il a la soixantaine, âge de la retraite qui semble dans son cas s’assimiler à celui du retrait)… Milly le harcèle, le bouscule dans son activité qui est celle de se souvenir. Elle ressasse, tout haut, commet des lapsus, glose sur son fils, la belle-fille, la jeune fille au pair, un étrange chien dont il ne faut pas parler… Mais de ce qui est tabou (le fils), ils ne disent que le bon côté. On connaît sa réussite, sa belle villa au Cap, et autres menus faits anodins aussi légers que glaçants qui essaiment la conversation. Dialogue déjà bien miné, il l’est encore plus quand il se frotte aux « éléments extérieurs », comme la jeune Marijka, la jeune fille au pair. Car c’est par elle que le scandale arrive, et qui les touche au plus près… La mise en scène est une mise en abyme d’elle même, elle recrée la situation d’un enregistrement radiophonique, et cela n’enlève rien à la vérité des personnages sur scène pour le spectateur ; ils gagnent en autodérision, en intensité. « Probablement les Bahamas a été créé pour la BBC en 1987. (…) La mise en scène recrée la situation d’un enregistrement radiophonique en studio (qui aura d’ailleurs lieu avec France Culture). Ce biais pour atteindre la fiction me paraissait intéressant. Aurélia Alcaïs, Claude Duneton, Marilù Marini jouent à enregistrer la pièce, tandis que Sophie Bissantz, bruiteuse, fabrique l’environnement sonore à vue. Une manière pour rechercher la fiction, en tournant autour, pour mieux l’atteindre et pour offrir aux acteurs une façon ludique d’approcher les rôles, leurs représentations, et ainsi basculer progressivement dans la pièce, le théâtre, en s’amusant » (L.-D. de Lencquesaing). Probablement les Bahamas, une pièce radiophonique de Martin Crimp, un spectacle en forme d’enregistrement mis en scène par Louis-Do de Lencquesaing, avec Aurélia Alcaïs, Claude Duneton, Marilù Marini, Louis-Do de Lencquesaing ; bruiteuse Sophie Bissantz. Du 7 au 11 novembre 2006, à Théâtre Ouvert, 4 bis Cité Véron, 75018 Paris. 05 oktober Dans la luge de Yasmina RezaQuatre existences se côtoient, se croisent, se parlent, s’écoutent, se taisent. D’un côté, nous avons Ariel Chipman, ancien philosophe, sénile et en robe de chambre ; sa femme, Nadine, qui raconte son couple absent à lui-même. Puis Serge Othon Weil, le professeur, dont la cravate violette et les fruits qu’il porte à bout de bras et auxquels il ne touche pas trahissent un optimisme un peu forcé à cet âge. La psychiatre, elle, les écoute l’un après l’autre, avant de se lancer dans une diatribe mordante et délicieuse contre les vieilles femmes qui occupent toute la largeur des trottoirs avec leurs sacs de courses énormes, et qui par là même suscitent des sentiments violents et contradictoires, entre « moi » et « surmoi », complètement jubilatoires (j’ai découvert la comédienne Christèle Tual, et elle est superbe). Schopenhauer ? Eh bien, il est vaguement cité quelque part, il est présent en filigrane dans leurs désespérances respectives, mais son évocation est aussi volatile qu’un vieux parfum ouvert par inadvertance. Zébrine (et Gotra) ont aimé, et vous recommandent d’y aller, vite, vite. Dans la luge d’Arthur Schopenhauer, de Yasmina Reza (éd. Albin Michel, adaptation théâtrale par l'auteur), avec Maurice Bénichou, André Marcon, Yasmina Reza, Christèle Tual, à Théâtre Ouvert, jusqu’au 21 octobre (www.theatre-ouvert.net). 27 september Pouvoirs, rêves, fictions (photographiques)Hier soir, invitation à l'inauguration de la nouvelle exposition photo à Beaubourg, qui célèbre l’importante donation de photographies contemporaines faite par la Caisse des dépôts au Centre Pompidou en 2006. On y trouve quelques grands noms, et la part belle à nombre de jeunes artistes, français et étrangers, des années 1980 à nos jours. Ils nous livrent des visions tantôt réalistes ou oniriques à propos du monde actuel : on nous y parle de pouvoir, d’espaces clos, de rêves, qui se succèdent et se reflètent, formant un triptyque thématique. Mais le parti pris de présenter la quasi-totalité des œuvres (près de 650) en un espace relativement restreint finit par nuire à la vue d’ensemble. Le bon côté de cette initiative est d’éviter la hiérarchisation des travaux ou des artistes, et donc d’avoir un regard « frais » et non averti sur ces photos. Cela au détriment d’une certaine harmonie que je n’ai pas trouvée sur ces murs faisant parfois figure d’étals au marché. Malgré des « vices de forme », voici quelques photographes dont je me vais me faire fort de retenir le nom. L’univers industriel de John Pfahl, avec Goodyear (photo), une photo de cheminées d’usine masquées par le flot des fumées en sortant, qui m’a fait penser aux Twin Towers dévorées par les nuées ; les espaces déshumanisés d’Andreas Gursky (Siemens, Mercedes), où la couleur et le rectiligne prennent le pouvoir sur la fantaisie ; les logos éloquents déclinés sur l’alphabet, et qui ainsi se vident de leur sens, dans Auchan de Claude Closky. On passe du monde des rêves et de l’artifice avec Sophy Rickett et son Cypress Screen (photo), qui évoque comme une bande de papier déchirée à l’horizontale alors qu’il s’agit d’une barrière de cyprès nimbés en haut et en bas d’une lumière surnaturelle ; à un amusement enfantin par le détournement des ombres et des reflets (pas si enfantins), avec Parallel Lives et Tea Pot de Mac Adams (mon coup de cœur, je crois ; à vous de les découvrir !) ; à une ironie grinçante quand on voit un balai à la place de la tête enrubannée d’une femme voilée (Comme d’habitude, en 3 panneaux, de Shadi Ghadirian) ; puis on ressent un certain malaise face à la vision du voyeur qui est placée là comme un anti-spectacle, puisque il n’y a rien à voir, mais la banalité de ce qu’on voit est une prouesse technique à mon sens (Microviseur, en deux tableaux, de Martin Dörbaum). Ajoutons à cela la série de Pierre Huyghe (que j’ai découvert à l’exposition d’œuvres de la collection de François Pinault « Where are we going ? » cet été au Palazzo Grassi), établie en un parallèle parodique de scènes de Fenêtre sur cour de Hitchcock ; les défis aux lois de la gravité de Philippe Ramette (mais comment il fait, est-ce que quelqu’un va m’expliquer un jour ?) ; les superbes et froides devantures de coffres et tables des matières de Philippe Gronon, aux surfaces à l’aspect mat et métallique… Voilà, quoi, quelques images du panorama photographique contemporain, en attendant novembre, le mois de la photo !
Les Peintres de la vie moderne, Centre Pompidou, du 27 septembre au 27 novembre 2006. 25 september En attendant de glisser sur la luge aux côtés de Schopenhauer...... surtout que quand on connaît, ne serait-ce que brièvement, le bonhomme, on aurait du mal à le voir faire de la luge, et encore plus à se voir avec lui sur cet engin !
Cette introduction énigmatique pour vous mettre dans le bain, car jeudi Zébrine and Co vont au théâtre voir Dans la luge d'Arthur Schopenhauer, la dernière pièce de Yasmina Reza, tout en espérant que cette dernière n'aura fait de la pensée du philosophe qu'un usage parcimonieux, voire juste symbolique. Voici un petit florilège, histoire de se replonger dans les affres délicieuses d’un homme pour qui l’existence était un fardeau et la pensée une incitation au suicide (F. Nietzsche, E. Cioran, entre autres, s’en inspirèrent). Le jeu est de repérer les citations dont vous vous sentez le plus proche (quoi, il n'y en a aucune?).
21 september Toutes les 168 heures en ce moment, Zébrine écrit un billet, et c’est lamentableZébrine est allée à la Biennale d’architecture de Venise, mais n’ayant pour la matière architecturale qu’une curiosité occasionnelle, je ne vous en distillerai quelques anecdotes qu’au gré de mes envies et de mon temps… Je tiens tout de même à vous préciser le thème de cette biennale : « Architecture et société », ce qui explique l’angle d’attaque sociologique de beaucoup des projets présentés, où parfois la précision scientifique frôle le ludique, assaisonnés de maints aspects conceptuels. Autrement dit, où l'architecture rejoint l'art contemporain... C’est le cas de cette œuvre qui a particulièrement retenu mon attention, au pavillon autrichien. C’est un panneau mural, sur lequel on lit une liste éclatée, où l’on comprend qu’il s’agit de statistiques concernant le petit pays où nous nous trouvons, auxquelles correspondent des petites diodes qui s’allument à la fréquence de ladite statistique. Vous avez suivi ? Toutes les 31’04’’ un Autrichien naît (la diode s’allume toutes les 31 minutes et 04 secondes ; c’est bon, vous avez compris ?) Toutes les 32’88’’ un Autrichien meurt Toutes les 20’’ un Autrichien rédige un sms Toutes les 1’’ un Autrichien fume une cigarette Toutes les 1,9 h un Autrichien perd son boulot Toutes les heures un Autrichien commence un nouveau boulot Toutes les heures une société autrichienne est créée.
Pavillon autrichien, 10e Biennale d’architecture de Venise, Giardini della Biennale, Venezia (du 10 septembre au 19 novembre 2006) 01 september Cri de joieLe Cri et Madona, les deux tableaux de Munch volés il y a deux ans, ont été retrouvés par la police norvégienne. On croyait ne jamais plus les revoir. Le Cri est sans doute la toile la plus célèbre du peintre, à la fois fleuron du symbolisme et annonçant l’expressionnisme. Le visage déformé de l’homme sur la toile a impressionné nombre de consciences et hanté bien des rêves, à la frontière de la réalité et du cauchemar. Si elle demeurera toujours une des œuvres les plus recherchées au monde, ce sera pour sa valeur extrême (une des toiles les plus chères au monde). Le Cri (1893) et Madona (1893-1894), de Edvard Munch. 28 juni Artistes américains au Louvre : ne cherchez pas la deuxième salleLe but de l’opération est de montrer combien les collections du Louvre ont été des sources d’inspiration pour des générations d’artistes américains. Les premières œuvres sont datées de la fin du XVIIIe siècle. L’unique salle d’exposition vous accueille tout d’abord avec La Mort de Hyacinthe de Benjamin West (peintre américain qui fut en son temps élu à l’Académie des beaux-arts), sujet qui a inspiré en retour Jean Broc, auteur d’une variation sur ce même thème, figurant en face. Eh bien là, je dois dire que « l’imitation » du Français et son interprétation m’ont carrément rappelé le coup de pinceau botticellien. La grâce et l’harmonie de l’ensemble font écho à la merveilleuse androgynie de ces deux corps enlacés. Pour la petite histoire, dans la mythologie grecque, Hyacinthe (en grec ancien Ὑάκινθος / Huákinthos) est un jeune homme d'une grande beauté, aimé d'Apollon et Zéphyr. Il trouve la mort accidentellement ; de son sang naît une fleur. On le trouve là en compagnie de Zéphyr, aucune peinture n’illustrant de façon figurative ses amours avec Apollon. Puis le regard se promenant, on rencontre de belles toiles impressionnistes impressionnantes… Encore une fois, cette petite liste est purement subjective et personnelle… Entre autres : Winslow Homer qui s’inspire de la Victoire de Samothrace dans Le Grand Vent (la plus célèbre statue du Louvre y fut installée en 1867, alors que Homer peignait cette toile) ; Childe Hassam (Une Averse, rue Bonaparte, 1887), sur les pas de Léopold Boilly, dévoile une rue Bonaparte un jour de pluie entre impressionnisme et abstraction, où la chaussée devient miroir grâce à des touches d’ocres luisants, et le mur tapissé d’affiches une palette de couleurs abandonnant là tout réalisme –motif repris dans L’Avenue des alliés du même artiste. Je ne terminerai pas sans quelques mots sur Salomé, de Robert Henri (1909). Une beauté qui réside encore plus dans la peinture elle-même que dans son sujet, créant une dichotomie entre la matière dense de la chair et le voile sombre d’une lascive transparence… Merveilleux. Thomas Hart Benton et Edward Hopper méritent de clore ce petit chapitre sur l’art outre-Atlantique avec les Esclaves (1924-1927), œuvre du premier, une ode à la souffrance, qui semble rétablir par l’art une certaine équité perdue entre le maître et l’esclave. Hopper vient en opposition, avec un paysage industriel parfait et ô combien glacial et déshumanisé. Chacun semble apporter sa réponse à la manière selon laquelle l’artiste doit représenter l’exploitation humaine. Et parvenu au bout de cette première salle, ne vous fiez pas au panneau qui vous indique ce que vous croirez être une seconde salle à l’autre bout du musée ; suivez-le, pour aller voir La Galerie du Louvre de Samuel Morse, mais dites-vous bien que tout le chemin que vous aurez fait ne vous mènera qu’à ce seul et unique tableau… au milieu des peintures italiennes… Je vous préviens car Zébrine, si bien mise en jambes par cette première salle, a été un brin déçue. Mais rien que pour la trentaine de chefs d’œuvre, le déplacement vaut la peine.
"Les artistes américains et le Louvre", du 14 juin ou 18 septembre 2006, musée du Louvre, aile Sully, 1er étage, salle de la Chapelle. 25 juni Devenir un autre : tout un métier... Le Vieux Juif blonde et Profession : reporterIl s'est trouvé qu'en deux soirées consécutives, Zébrine a, sans le rechercher spécialement, été témoin de deux changements de personnalité ou d'identité. D'abord vendredi soir, au Théâtre des Mathurins, en allant voir Le Vieux Juif blonde ; ensuite samedi, au mk2 Quai de Loire, partie pour se repaître d'un Jack Nicholson reporter dans le film d'Antonioni devenu culte, Profession : reporter (sorti pour le festival de Cannes 1975). Il en ressort qu'il est particulièrement difficile en ce moment d'être soi, d'assumer sa vie, son entourage, ce qui fait qu'on est soi et personne d'autre... Mais finalement, n'est-ce pas en voulant passionnément sortir de soi qu'on se révèle plus soi que jamais? Récapitulons : Sophie est une jeune fille de bonne famille, mais tout va de travers depuis qu'elle est persuadée d'être Joseph Rosenblath, un vieux Juif rescapé d'Auschwitz, aux os rouillés et aux habitudes alimentaires bafouées dans cette famille qui ne rêve que de vacances à l'île de Ré assorties de parties de golf, et qui ne côtoie que ses semblables. Devenir un vieux Juif n'est pas un motif pour parler du malheur bien connu d'une génération victime de la Shoah, c'est une réaction contre un avenir que la jeune fille se refuse à suivre, contre des douleurs enfouies qui trouvent dans la laideur et l'incongruité une échappatoire... Au-delà de la schizophrénie, c'est le désir fou de s'affirmer en étant l'opposé absolu de ce qui est attendu, de ce qui serait le plus confortable d'être ; une manière de répandre au vu et au su de tout le monde du poil à gratter aux conformismes. On comprend la sensibilité de l'auteur et sa perméabilité au monde intérieur des patients allongés sur le divan ; parfois le monologue (à plusieurs voix, on est d'accord) tire un peu sur la longueur... mais heureusement, ce n'est jamais monocorde ni monotone. Et pour cause : le texte est porté par une comédienne animée d'une émotion que l'on pourrait presque toucher du doigt. Profession : reporter se construit aussi autour du thème du double. La mise en scène, l’espace et les paysages, la charpente du récit traduisent tout un cheminement existentiel. David Locke est reporter en Afrique et quelque peu fatigué de la vie. Il trouve un voyageur rencontré au hasard à son hôtel mort dans sa chambre. Il échange alors son nom contre le sien et adopte son emploi du temps. Il suit alors un chemin qui le mènera de rendez-vous mystérieux en coïncidences, de l'Afrique aux Etats-Unis et jusqu'à Barcelone. Partout sa vie semble sur le point de le rattraper, mais il est en fuite, non parce qu’il a usurpé une identité, mais parce qu’il ne veut plus être lui. Un film magnifique, qui se déroule suivant l’esthétique de la lenteur, jusqu’au plan-séquence final devenu mythique, où de derrière les barreaux de la fenêtre de la dernière chambre d’hôtel, on voit défiler tous ceux qui ont fait sa vie, celle dont on connaît une partie, et celle qu’on devine, là, tout près, et qui s’éteint… Deux moments troublants et énigmatiques comme vous le voyez, et que je vous invite fortement à partager. Le Vieux Juif blonde, avec Mélanie Thierry, une pièce d’Amanda Sters, mise en scène de Jacques Weber. Au Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, Paris 8e. Jusqu'au 1er juillet 2006. Profession : reporter, de Michelangelo Antonioni, avec Jack Nicholson, Maria Schneider, Jenny Runacre… (sorti depuis le 21 juin, une reprise du film de 1975). 12 juni Marie-Antoinette vue par Sofia CoppolaAllez, Zébrine reprend du service... car le maniement de la plume doit être entretenu!
Pas grand'chose de nouveau dans l'univers zébrinesque, si ce n'est le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola vu la semaine dernière.
Les détracteurs furent fort nombreux à Cannes (et pour cause, le film n'a reçu aucune nomination) et les déceptions au rendez-vous lors des projections du troisième film de Sofia Coppola. Mais Zébrine a aimé, pas autant que les précédents (Virgin Suicides et Lost in translation), mais d'autant plus qu'elle s'attendait à être un peu déçue... Il n'en a rien été.
Le hiatus ne réside même plus dans le fait que la réalisatrice est américaine et que le sujet - en surface - appartient à l'histoire de France, et qu'elle en aurait fait une sorte d'opéra glam-rock. Sofia Coppola a osé le film polémique parce qu'il parlait des petits problèmes de gens riches et coupés du monde. Gens riches, oui, on ne peut l'être davantage à l'époque. Coupés du monde, dans tous les sens du terme : l'ignorance de ce qu'il se passe dehors, et la cassure inévitable entre deux mondes que la monarchie d'un côté et la misère de l'autre creusent de plus en plus. Autant d'aspects qui en font un film très actuel...
Ce film, qui pourrait être défini comme un point de vue personnel sur la vie et ce qui faisait la personnalité de cette reine, est complètement dans la lignée des deux précédents. Nous sommes au cœur d'une enfance qui s'achève et perdure.
La jeune reine évolue dans un univers d'une incroyable frivolité et d'une vanité éthérée. Elle fuit des responsabilités qui ne tardent pas à lui échoir, c'est sûr, mais elle recherche quelque chose plutôt qu'elle ne s'échappe. Elle essaye d'être heureuse à Versailles en épousant les conventions de son mieux. Puis elle crée des cercles d'intimes au Petit Trianon. Elle rêve d'un amour ardent, où elle aimerait et serait aimée en tant que femme. Elle ne voit pas plus loin que les frontières de son château. Peut-être profite-t-elle du temps qui reste, tout simplement, et la révolte qui gronde à l'arrière-plan arrive comme l'ultime menace de l'âge adulte, annonciateur des pires catastrophes... "Une mauvaise reine", c'était ce qui se disait d'elle. Mais seul son inconscient (ou inconscience?) semblait savoir ce qui se tramait, et lui dicter une conduite insouciante, se consumant en un doux suicide...
Enfin, à mon avis, la trouvaille de ce film est d'être à l'image de cette reine fantasque : léger, majestueux et souple - exempt de toute rigidité qu'impose trop souvent le genre du film à costumes -, suspendu dans le temps de l'adolescence éternelle.
Marie-Antoinette, de Sofia Coppola, avec Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Asia Argento...
28 mei Art "hybride" (deuxième phase) : la shit-machineLa réponse brillantissime aux photos parues sur mon blog le 5 mai… qui est une vraie réponse aussi face aux interrogations que suscitent certaines œuvres de nos contemporains… Le kitsch peut-il contenir le monde ? Si oui, peut-il le sauver ? (par Guillaume Mansart) De la merde, voilà ce que produit joyeusement, biologiquement et scientifiquement Cloaca, la shit machine de Wim Delvoye. Véritable reconstruction de l'appareil digestif humain, elle se nourrit de plats cuisinés qui au fil de son parcours intestinal passent de cuve en cuve, se transforment au fur et à mesure pour finir en excréments. « Cloaca est une hybridation homme-machine », dit l'artiste. Mais quel est le sens du mot « hybride » ? Plusieurs réponses (choisir son option selon sa convenance) : la première, le mot « hybride » vient du grec hubris et désigne la démesure (celle qui fait la folie des héros qui défient les dieux et les lois de la nature). L'hybride est alors le symbole de la transgression. La seconde : « hybride » vient du latin hibrida et signifie « de sang mêlé ». C'est l'hybride comme agencement sur un même sujet de deux éléments différents. Qu'il s'agisse de la première ou de la seconde explication étymologique n'est pas très important pour être sûr de pouvoir qualifier le travail de Wim Delvoye d'hybride. Néanmoins, un mot comprenant cette notion d'hybridité (entendue comme brassage) semble plus fin, plus juste et plus pertinent dans l'analyse pour tenter de cerner et d'inscrire dans une histoire critique une grande partie de l'œuvre de Wim Delvoye. Répétons la méthodologie : « kitsch : se dit d'un style et d'une attitude esthétique caractérisés par l'usage hétéroclite d'éléments démodés ou populaires considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l'économie industrielle ». Wim Delvoye l'énonce lui même : « Les objets kitsch sont des stratégies pour l'art contemporain car le kitsch, le populaire et le folklore représentent tout ce que le modernisme a ignoré. L'art paradigmatique du XXe siècle avait rompu avec tout cela (...) seul dans le monde des objets kitsch subsistaient ces stratégies, visuelles ». Le kitsch est donc une stratégie postmoderne. Alors que le théoricien moderniste Clément Greenberg opposait l'avant garde, dernier lieu de sauvegarde de la culture face à l'idéologie capitaliste, au kitsch, produit de la révolution industrielle, de l'industrie culturelle, Wim Delvoye penche pour l'inclusion comme moyen d'interrogation. Pour Greenberg, la révolution industrielle, et l'exode qu'elle provoqua, annonçait l'avènement du kitsch comme réponse culturelle au désir des nouvelles masses urbaines ayant quitté leurs campagnes. Mais au temps de l'industrialisation a succédé le temps de la globalisation (avec ses avantages, ses scandales et les diverses stratégies pour y échapper). Objets nomades, les œuvres de Wim Delvoye ont alors les symptômes schizophréniques d'une époque dite offshore (qui emprunte ses référents tant dans la culture de masse que dans l'underground) dont ils sont en quelque sorte les pendants artistiques. Et comme pour répondre à la globalisation, Delvoye s'invente « glocal », « contraction entre la haute et la basse culture, entre le corporate et le vernacular ». Il postule alors qu'être international n'est possible qu'en étant provincial, « C'est-à-dire qu'aux antipodes d'une conception moderniste de l'art, (il) fait le choix de (se) forger une iconographie provinciale. » Ses œuvres en témoignent, elles sont construites sur la mise en rapport de signes de la culture populaire et de l'histoire de l'art. Elles n'ont nullement l'éclectisme honteux, elles s'affirment au contraire comme des choix tactiques. 26 mei Le mythe de la femme-enfantHier soir j’ai découvert La Petite Lili à la télé, un film de Claude Miller, dont j’avais pas mal entendu parler lors de sa sélection au festival de Cannes en 2003. Je ne compte pas faire un résumé du film, mais juste replacer le personnage pour vous dire ce que ça a suscité en moi. Lili est une jeune fille très attirante, à la beauté sensuelle et naturelle. En sa présence, les autres femmes crèvent d’envie et les hommes pâlissent... Elle passe l’été en compagnie d’une actrice, Madeleine Marceaux (dite Mado), de sa famille et de son fils Julien, le petit ami de Lili, qui la fait jouer dans son premier court métrage. Lili trahit ensuite Julien et leurs idéaux pour suivre Brice à Paris, l’amant de Mado et réalisateur de films commerciaux. Lili est donc aussi opportuniste, fonceuse et égocentrique. Elle qui vit de manière insouciante, quitte à provoquer de véritables drames dans son sillage, elle sera réduite quelques années plus tard à incarner dans un film la Lili qu’elle était cet été-là. Au fur et à mesure qu’elle s’est forgé une carrière d’actrice, elle s’est vidée de sa substance et de son magnétisme. Elle n’est plus qu’un fantôme, un souvenir qui crie pour qu’on ne l’oublie pas. Est-ce là le destin de toute actrice ? La Petite Lili, de Claude Miller, avec Ludivine Sagnier, Nicole Garcia, Robinson Stévenin… 25 mei Vivre, mourir, revenirRevenir par-delà le territoire des morts, non pour hanter les vivants mais pour réconcilier deux camps qui se connaissent bien. Si opposés, pourrait-on croire, mais qui finalement ont tout en commun : la mort, et donc la vie. Raimunda et Soledad sont sœurs et leur mère Irene a péri dans un incendie, il y a des années. « Elle est morte heureuse, dans les bras de papa », se console Raimunda quand elle y repense ; mais ce que l’on pense est trop souvent ce que l’on croit… Raimunda est vive, décidée, une femme madrilène telle qu’on les aime ; mais ses yeux brûlants expriment bien plus que la chaleur d’un tempérament. Un drame se dénoue sous ses yeux, et ce sont ses propres blessures qui se rouvrent. C’est une façon un peu réductrice de parler de Volver, mais le sujet est bien là, derrière les agitations et tournoiements de ces madones chères au réalisateur, ici incarnées sur trois générations. Des portraits de femmes, de mères, de tantes, d’adolescentes, hautes en couleur, surprenantes, philosophes, au calme désarmant dans la tourmente. Volver, de Pedro Almodovar, avec Penelope Cruz, Carmen Maura, Lola Duenas… 21 mei Magnifique TransamericaÀ l’heure où l’on n’entend parler que de Cannes (même s’il s’agit parfois de très bons films), j’ai adoré sillonner les routes de l’Amérique profonde en compagnie de Bree, alias Felicity Huffman, qui incarne dans cet excellent film (d’un réalisateur que j’ai découvert ici) un être d’une sensibilité et générosité extrêmes, découvrant que son passé est finalement ce qu’elle a de plus beau aujourd’hui. Quelques jours séparent Bree de l’opération qui fera d’elle une femme véritable. Elle veut à présent oublier son passé et se forger une nouvelle identité. Seulement un jour, elle reçoit un coup de téléphone d’un jeune homme, Toby, à la recherche de son père. Ce père, c’était elle, quand elle s’appelait Stanley… et Toby, le fruit d’une liaison passagère remontant à dix-huit ans. Encouragée par sa thérapeute, elle décide d’aller à New York à la rencontre de Toby. Bree et Toby, qui forment un duo décalé et décapant, tracent la route à bord d’un vieux break de New York à Los Angeles. La pudeur soignée de la première et la vénalité naïve de l’adolescent se confrontent, puis vont les mener à s’apprivoiser peu à peu, chacun désirant surmonter sa honte pour gagner le respect de l’autre. Mais Bree cache sa paternité au garçon. Pour le préserver le plus longtemps possible ? Par peur de sa réaction ? Bree va devoir assumer pleinement ses choix : elle ne sera pas femme tant qu’elle n’aura pas été père… et mère. Transamerica, un film réalisé par Duncan Tucker, avec Elizabeth Pena, Felicity Huffman, Fionnula Flanagan, Kevin Zegers. 14 mei Belleville et ses ateliers d'artistesUn petit clin d'œil aux ateliers d'artistes de Belleville où il a fait bon se promener ce week-end ; à voir jusqu'au 15 mai 2006 21h ; le plus beau parcours se situe de la rue de la Mare à la rue des Panoyaux, et de la rue Ramponeau (la Forge, à voir absolument) à la rue de Tourtille (XXe arr.). Peut-être découvrirez-vous l'œuvre rare ; en tous cas, la seule visite des jardins et cours cachés de Paris est déjà enthousiasmante... Pour plus de renseignements : www.ateliers-artistes-belleville.org C.R.A.Z.Y., Bowie, Patsy, Pink Floyd et les autres…C.R.A.Z.Y. est un film qui n'est pas dingue mais qui donne un bonheur dingue. Si vous êtes dingo des années rock et formica, des patins à roulettes, des mobs, des vinyles et des pick-up, des pantalons pattes d'eph moule-burnes, des coupes au bol, des toiles cirées à carreaux, des sapins de Noël qui ressemblent à des épouvantails, et que vous avez une certaine connaissance du fait douloureux d'être né un 25 décembre et de n'avoir qu'un cadeau, qui en plus ne vous plaît pas, déjà vous aimez l'ambiance. Et si je vous dis : une famille de cinq garçons (et encore il y aurait dû en avoir beaucoup plus si tous avaient vu le jour), un père héroïque aux Ray-Ban à l'air ravageur qui ne sont pas sans rappeler un certain de Niro, des fistons complètement à l'opposé les uns des autres : Christian l'intello (qui lit tout ce qui lui passe par les mains, spécialiste dans la lecture des étiquettes alimentaires, comme celle du Heinz Tomato Ketchup), Raymond le rebelle-motard-macho-buveur, Antoine le sportif pétomane, Zac notre préféré, le sensible, un brin "fifille" (c'est le narrateur), qui a le don de calmer le petit dernier Bouboule (Yvan) à chaque fois qu'il pleure, et de guérir les brûlures à distance : vous vous dites que tout ou partie de cela a forcément un air de déjà vécu… Ce film, qui est celui d'une génération (la nôtre), réconcilie justement parents et enfants : dans la tourmente, la difficulté des choix qui s'imposent, le point de vue du cinéaste s'attache au regard que pose l'enfance sur le monde et la famille, puis son passage à l'âge adulte, face à des parents qui s'interrogent et qui délaissent peu à peu leurs a priori. Zac est peu commun… C'est sûr : il vient au monde d'une manière fracassante. Et régulièrement, l'histoire de sa famille sera jalonnée de séquences pour le moins inattendues… et fracassantes ; des moments de grâce, comme en suspension, qui fixent définitivement l'esthétique du film dans l'onirisme et l'étrangeté familière des sentiments que seule la famille suscite entre les êtres. Avec, en prime, des expressions et un accent québecois terribles, tordants, vrais… Et une BO renversante, spécialement dédiée à Patsy Cline (pour le symbole) et à David Bowie (pour ce qu'il représente pour toute une génération). C.R.A.Z.Y., un film du réalisateur québécois Jean-Marc Vallée. 08 mei Tunis et Paris, sources d'inspiration théâtraleUn nouveau spectacle à Théâtre Ouvert, un des lieux privilégiés de la création théâtrale contemporaine que j’ai eu le grand plaisir de découvrir cet hiver à l’occasion d’un travail sur leurs publications. Si les intéressés se manifestent à temps, possibilité de places gratuites ! Tunis/Paris : De Halfaouine à la Goutte d’orBlanche Aurore Céleste de Noëlle Renaude et Le Cercueil de la mariée ou la Dame de cœur d’Abdelwaheb JamliMise en espace par Noureddine El Ati, traduction et jeu en tunisien et en français. Un montage de ces deux textes, mis en espace par Noureddine El Ati, est joué chaque soir par Sonia Zarg Ayouna, en arabe tunisien et en français.Deux langues et civilisations appartenant aux rives opposées de la Méditerranée se font écho à travers des monologues de femme.Le Cercueil de la mariée ou la Dame de cœur d’Abdelwaheb JamliDans sa robe de mariée défraîchie, la femme attend son promis. Il est en retard. Elle raconte les neuf années d’attente, pendant lesquelles son amoureux est parti étudier en Europe, sans jamais donner de ses nouvelles. Elle n’a pu se confier à personne, tant il lui avait recommandé de conserver le secret de leur amour pour en préserver la force… Aujourd’hui, il est de retour pour se marier. Mais, il épouse sa jeune sœur. La femme lui trouve des excuses, elle le comprend. La fête de mariage s’éternise, le marié n’est toujours pas arrivé, les invités commencent à se lasser et à partir…Blanche Aurore Céleste de Noëlle RenaudePapa frappe maman. Maman tombe sur le lit. Papa, plein de remords, saute sur maman et c’est ainsi qu’ils m’ont conçu. C’était le matin, au chant du coq. Ils m’ont appelé Blanche, y ont accolé Aurore et ajouté Céleste. Je suis arrivée en même temps que l’averse, face à la fenêtre. Depuis, tout va, tout vient, comme les nuits sur les jours. Les nuits je fais des rêves ; le dernier c’était Amédée.Tunis / Paris De Halfaouine à la Goutte d’or Du 10 au 13 mai 2006 Les10 mai et 12 mai à 20h et 21h30 Le 11 mai à 19h et à 20h30 le 13 mai à 16h et 17h30 À Théâtre Ouvert, Centre Dramatique National de Création 4 bis cité Véron 75018 Paris, M° Blanche Adm : 01 42 55 74 40 / Fax : 01 42 55 55 40 Réservations : 01 42 55 55 50Tarif unique 10 €
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