Profiel van AngélineZébrine bouquine...Foto'sWeblogLijstenMeer ![]() | Help |
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20 april Désengagement et débinageDésengagement d’Amos Gitaï
Avec Juliette Binoche, Liron Levo, Jeanne Moreau…
Zébrine revient… faut-il le dire ? après plus d’une année d’interruption, au cours de laquelle elle s’est laissée piéger par le temps, et par d’autres raisons plus ou moins bonnes… qui resteront enfouies sous le tapis car la vocation ici reste de ne parler que de ce qui fait du bien !
Pourtant, cette année écoulée dans le silence bloggien a été riche en événements culturels, à propos desquels je ne me pardonne pas d’être restée sans voix… alors, pour pallier ma défection chronique, je travaille à faire une petite sélection sur les spectacles et films encore à l’affiche…
Disons que pour cette fois, afin de renouer avec de grandes causes qui stimulent l’esprit et émeuvent le palpitant, je vous parle de Désengagement d’Amos Gitaï que je viens juste de voir et dès demain je prépare ma petite sélection just for you (if you are still alive)…
Ana et Uli, une sœur et son demi-frère, se retrouvent en Avignon pour les funérailles de leur père. Ce dernier, dans son testament, lègue sa fortune à Dana, la fille qu’Ana avait abandonnée vingt ans plus tôt en Israël. Ana et Uli partent pour Gaza, la première pour revoir sa fille et lui annoncer la nouvelle, le second, du côté de l’armée, pour organiser le désengagement de la colonie israélienne…
Film étrange, tour à tour envoûtant, énigmatique, violent… qui se construit autour de deux périodes : la mort du père, dans la vieille maison familiale du le Sud de la France, et le voyage en Israël.
La première partie du film, lumineuse, s’attarde sur de belles retrouvailles entre une sœur et son demi-frère (plus exactement le fils adoptif de son père), qui se laissent aller à la joie et au bonheur de se revoir après, on le devine, une longue séparation. Leurs étreintes et leurs échanges complices sont touchants, ont gardé comme une candeur et une insouciance de l’enfance, qui peu à peu glissent vers des allusions troubles, puisqu’ils ne sont pas vraiment frère et sœur… où l’on se sent mal à l’aise tant par l’ambiguïté de cette relation que par le décalage avec le contexte dans lequel elle s’inscrit.
La seconde partie, centrée autour du voyage en Israël, montre un pays instable et un peuple divisé, auxquels se confrontent Ana et Uli. Aux retrouvailles de la mère et de la fille s’oppose la séparation idéologique du frère et de la sœur. Le contexte de tumulte politique met en relief des divergences entre eux que la torpeur du Sud de la France n’aurait pu dévoiler.
D’une période à l’autre, le propos du film prend de l’épaisseur, mais le spectateur s’y perd un peu, passant d’un cadre très intimiste à un pays dans la tourmente où les deux protagonistes eux-mêmes donnent l’impression de se fondre… Juliette Binoche, qui interprète Ana, sœur mystérieuse et d’une géniale lascivité, devient ensuite une ombre, une femme perdue (ce qu’elle était déjà, mais sans le charme cette fois), au sein d’un pays où elle sera toujours une étrangère. Uli, le frère adoptif, s’affirme davantage dans la seconde partie, mais reste impénétrable, incarnant toute la beauté et la violence d'un pays en perpétuel déchirement…
Le film illustre peut-être la lente dissolution de l’humain aux prises avec des désirs et des événements qui le dépassent, où les tentatives de reconquête tournent à la dépossession… Le destin de tout un pays, finalement…
11 december Le coup de GraceRosemary, une belle jeune femme, voyage en train avec une grande malle. Son mari et son amante se trouvent à l’intérieur, découpés en petits morceaux. Rosemary est immédiatement interpellée, puis incarcérée, pendant de longues années… Quarante ans ont passé. Nous nous trouvons autre part en Grande-Bretagne, au cœur d’un très charmant village, et c’est au milieu d’une famille bien respectable mais où tout, peu à peu, fout le camp, qu’arrive Miss Grace, la nouvelle gouvernante. La mère, interprétée par Kristin Scott Thomas, naturelle et excellente, est démangée par l’envie de succomber au charme de son professeur de golf (un Patrick Swayze convaincant en type peu recommandable portant des slips d’un goût douteux) ; pendant que son pasteur de mari, découvrant chaque jour une nouvelle blague, tente de l’incorporer dans son sermon au prix de pirouettes littéraires intéressantes (Rowan Atkinson, attendrissant). La fille sort avec un voyou différent chaque semaine, le fils est le souffre-douleur de l’école, avec en face une mère dépassée et un père sur la lune. Bref, le portrait d’une famille qui a du pain sur la planche, et qui a trouvé sans le savoir en la personne de la gouvernante le moyen radical de résoudre tous ces mortels ennuis… Un film rempli d’humour noir, de suspense, de surprises… avec une très belle étude des caractères. En conséquence, ne loupez pas la prochaine sortie de Secrets de famille en DVD… Secrets de famille, réalisé par Niall Johnson, avec Kristin Scott Thomas, Rowan Atkinson, Maggie Smith… 23 november La grenouille d'Al GoreUne grenouille plonge dans un bain d’eau bouillante. Elle en sort aussitôt, dans un réflexe de sauver sa peau dare-dare. Cette même grenouille, qui aime décidément bien les bains chauds, plonge dans de l’eau tiède, qui chauffe, chauffe, chauffe, peu à peu. C’est plus difficile pour elle de se rendre compte qu’elle est en train de cuire à petit feu. Et qui sera là pour la sauver, si ce n’est elle-même ? Voilà, pas besoin d’en dire plus sur Une vérité qui dérange. Sinon : allez voir ce film, vous y verrez des choses que vous connaissez déjà, mais en découvrirez d’autres, et surtout vous comprendrez que le fatalisme et l’impuissance ne peuvent pas être des principes à suivre. Citoyens, il faut vous y mettre à l’échelle de votre famille ; politiciens, agissez pour les nations entières. Je suis contre la propagande, mais celle-ci est un message de survie. Tant que cette cause ne sera pas prise non comme un moyen de séduire ses électeurs, mais comme le but de toute politique, les querelles des prétendants au pouvoir et des puissants de ce monde paraissent bien dérisoires à côté de cette immense question qu’est l’environnement. P.S. : je me mets à la lessive bio, histoire d'avoir du linge bien propre. Une vérité qui dérange, de Davis Guggenheim, avec Al Gore18 november La vérité est ailleursÉlise rentre de vacances en Espagne. Ses parents lui annoncent que son frère jumeau, Loïc, après une sérieuse altercation avec son père, est parti voilà six jours et ne donne pas de nouvelles depuis. Élise cherche à établir le contact avec lui, mais ses tentatives restent lettre morte. Alors elle décide de se laisser dépérir. Elle refuse de s’alimenter. Elle est rapidement hospitalisée. Commencent alors à arriver l’une après l’autre des cartes postales. Elles sont signées « Loïc » et ne s’adressent qu’à elle, avec une pensée pour la mère, et des mots très durs au sujet du père. Raffermie dans sa conviction que son frère ne l’aurait jamais abandonnée, Élise retrouve la voie de la guérison, fait son sac et part à sa recherche. Ce film m’a énormément touchée, grâce à l’extrême justesse des sujets et des caractères qu’il donne à voir. La gémellité ; l’absence ; trouver un sens à ce qu’on n’explique pas ; la dignité d’une mère que l’on devine brisée, la fonction transcendée d’un père qui comprend, grâce à l’intelligence du cœur, que perdre un enfant est peut-être l’occasion d’aimer mieux celui qui reste (Kad, autant exceptionnel qu’inattendu), l’amour désintéressé de l’ami amoureux (Julien Boisselier, craquant et d’une sincérité absolue), le passage à l’âge adulte (Mélanie Laurent, sensible et écorchée, de l’adolescente exclusive à la jeune adulte généreuse). Autrement dit, si ce que l’on trouve est souvent bien différent de ce que l’on cherche, c’est que la vie nous fait passer un message, encore bien au-delà de la vérité. Je vais bien, ne t’en fais pas, de Philippe Lioret, avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier, Isabelle Renaud, Aïssa Maïga… 31 oktober Ci-gît l’idée que certains se font du bonheurMaggy possède une villa sur les hauts de Cannes, dans le quartier appellé « la Californie ». Un nom qui se prête un peu encore au rêve, fantasme érodé de réussite clinquante et de vie insouciante. La Californie, c’est aussi la chaleur, l’extrême ouest, le dernier endroit de la planète où le soleil se couche. Chez Maggy, on est un peu hors du temps : une immense maison et ses privilèges, avec sa reine et ses courtisans réunis en un hétéroclite aréopage suspendu aux moindres faits et gestes de cette dernière. C’est elle qui régale sa troupe de fidèles qui sont par ailleurs, excepté Katya, son amie de toujours, tous ses employés. Une despote sur le déclin, Maggy (Nathalie Baye, que j’ai admirée en femme vieillissante baroque et désespérée). Elle brasse l’air de ses bras oisifs. Elle propose tout et son contraire, du moment qu’on échappe à l’ennui. La voici prête à boire jusqu’au bout de la nuit dans une boîte branchée, et sa phrase n’est pas achevée qu’elle désire finalement rentrer. Le désir… c’est un mot trop fort, dépassé et défunt. Plus de désir, plus de douleur ; du maquillage, des bijoux pour masquer, et des « chéri arrange-moi cette coiffure ; avec ces cheveux si épais, c’est impossible… ». Mirko est son homme à tout faire, les courses, l’amour ; combler le vide. Il vit entre la villa et le yacht, en bas, au port, avec son frère d’armes, Stefan, son ami intime depuis la guerre en Yougoslavie. Il est dur, taciturne (Roschdy Zem lui prête une aura sombre et musclée), exécute ses tâches mécaniquement. Il mijote quelque chose de pas bon, c’est aussi clair qu’il est sournois… Et pour cause : Hélène, la fille que Maggy n’avait pas vu depuis presque dix ans, refait surface et vient à « La Californie ». Elle tombe dans les bras de Stefan, le beau Serbe. Elle est la personne la plus saine de toute cette assemblée (libre, indépendante, simple – Ludivine Sagnier fait preuve de sobriété et de profondeur dans ce personnage –), pourtant elle rompt l’équilibre fragile – qui aurait pu durer à l’infini – du microcosme. Tout aurait pu arriver, y compris ce qu’il s’est passé, ce soir-là, dans la villa… La Californie, de Jacques Fieschi, adapté de Chemin sans issue de Georges Simenon, avec Nathalie Baye (Maggy), Roschdy Zem (Mirko), Ludivine Sagnier (Hélène), Mylène Demongeot (Katya)… 20 oktober Diabolo-mentheUn scénario peu original : le choc des cultures entre deux femmes qui ne sont pas de la même espèce (Andy la jeune diplômée en journalisme, et Miranda, le tyran, celle qui « fait » la mode à New-York, grande patronne du magazine Runway, une réplique fictive de Vogue) formant un duo qui s’acclimate plutôt bien ; une boss supposée être infernale mais qui se révèle finalement beaucoup plus humaine au long du film, où l’on excuse finalement son humeur terrifiante à renfort de larmes et de divorce (pensez donc, elle a une vie privée, la diabolique, mais tout fout le camp !) ; autant de femmes que de fashion victims arpentant les coulisses de Runway ; le vieux dilemme du petit copain qui reste sur la touche et demande à sa douce de faire le choix auquel on ne coupe pas quand la boss de votre petite amie l’appelle nuit et jour et que la petite amie accourt ; le choix vite fait finalement de la douce en question, dans une apothéose de manichéisme… Je savais qu’aller voir ce film allait me détendre les neurones, mais ce que j’ignorais, c’est qu’une telle vacuité du propos allait me rappeler que les films actuellement vraiment satiriques (dont c’est le but et qui arrivent à l’être réellement, donc celui-ci n’en fait pas partie) sont cyniques, à cause de notre contexte international ultra-sécuritaire et moralisant (voir Thank you for smoking) ; et là, je n’ai vu que personnages affadis (par rapport au roman mais aussi par rapport à ce qu’on était en droit d’attendre, c’est une comédie au vitriol qui dépeint un milieu, oui ou non ?) et une trame prévisible. J’aimais bien l’Andy du début, mal fagotée et indifférente, et j’aurais aimé un personnage plus résistant et étanche à toute manipulation. Ou qui aurait pris une décision plus humaine, moins tranchée en guise de finale. Mais je ne suis pas scénariste, et ceci est un peu facile ; oui, oui, la critique quand on n’a pas aimé est toujours facile car qui conteste ne fait que proférer et ne produit pas. Bon… Le Diable s’habille en Prada, de David Frankel, avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt… 03 oktober Le côté obscur de la forceLe seigneur de la guerre est un trafiquant d’armes. Et la puissance d’un tel détenteur du titre va au-delà de celle d’un chef d’Etat. Il tisse un réseau international, peut fournir indifféremment deux pays qui s’affrontent, et vous retrouvez, entre autres, ses AK 47 aux mains des petits Libériens. Yuri Orlov (c’est son nom) ne prend part à aucun conflit politiquement. Peut-être aimerait-il que tous ces pays qui s’affrontent perdent entre eux. Il dit même qu’il préfère qu’un de ses clients rate sa cible, pourvu qu’il tire, c’est tout ce qui lui importe. Cette repartie ne vous rappelle-t-elle pas le cynisme de Nick Naylor, le roi de la pirouette dans Thank you for smoking ?… Trafics d’armes, cigarettes… Les statistiques montrent que les morts par arme à feu sont moins nombreux que ceux tués par le tabac ; mais nous sommes ici dans une configuration internationale, mettant en scène des dictateurs, des chefs d’Etat – qui sont tous des vendeurs d’armes comme chacun sait, et siégeant au Conseil de sécurité –, des kamikazes, des terroristes, des enfants ! Il ne s’agit plus d’un choix individuel. On n’est plus dans les dimensions d’un lobby. Le véritable Dark Vador, c’est Dollar. Les guerres sont des transactions, et Yuri est le « mal nécessaire » à cet engrenage millénaire. Il prospère, et pourtant ne prend encore part à aucune guerre. Enfin, si. Sa conscience, peut-être, le rattrape. Interpol est à ses trousses, mais il déjoue les pièges parce qu’il contourne la loi, le meilleur moyen de passer au-dessus des lois. Sa femme l’interroge, et sa vie devient un tissu de mensonges. Le film est grave et en demi-teinte en apparence alors que Thank you for smoking adopte un ton léger et sans conséquence (apparente). Le scénario est fin et intelligent, servi par des personnages dont la sobriété seule égale la violence. J’en ai été bouleversée. Lord of war (DVD), d’Andrew Nicol, avec Nicolas Cage, Bridget Moynahan, Jared Leto, Ethan Hawke… 01 oktober Smoking/no smoking : you have the choice !Nick Naylor n’est pas du genre à négocier. Nick Naylor a toujours raison. En fin stratège, il va vous confire de honte sur place et vous glacer d’horreur tellement vous avez tort. Résultat : mieux vaut ne jamais le rencontrer, ou alors l’admirer pour son art. Je m’explique : Nick Naylor est lobbyiste, et travaille brillamment pour la société Big Tobacco. En somme, cet homme est l’avocat du diable. Ses ennemis : les organisations de prévention contre les risques du tabagisme en particulier, et les bien-pensants en général. Il est cynique et place sa morale en dessous de certaines choses importantes dans la vie, comme celles de « rembourser un crédit ». Mais cela devient très facile à assumer quand vous vous mesurez à un médecin cancérologue qui a tout intérêt à ce qu’un fumeur meure du cancer, ou un sénateur du Vermont (pour ne citer qu’eux), qui est responsable d’un taux de cholestérol hors du commun dans son état (à cause de sa promotion effrénée du cheddar ?!). Nick Naylor, lui, préfère que son fumeur reste en vie, afin qu’il ne perde pas un client… Vous le cernez donc un peu mieux, notre « roi de la pirouette », comme le nomme son fils. Son fils ? Oui, car cet homme décidément est né pour relever les défis. Son fils est le plus difficile de ses challenges… et peut-être le plus prometteur. Finalement, face à un tel art de la rhétorique, nous sommes davantage face à un politicien qu’à une vedette de talk-shows et de conférences. Peu importe la cause pourvu qu’on ait la manière… Ce film est extraordinaire parce qu’il ne vous fait pas changer d’avis sur le tabac et ne vous dit surtout pas comment penser : l’extrême habileté du scénario est de promouvoir le choix individuel, et d’inviter les masses, de nos jours conscientes du danger, à se responsabiliser. Si vous cherchez une morale, eh bien, il n’y en a pas, et c’est tant mieux. Reste la question du tabagisme passif... Un film américain comme on n’en attendait plus, interprété par un Aaron Eckhart époustouflant, et qui visiblement s’amuse. Une autre question subsiste : qui a financé le film aux USA ? Thank you for smoking, de Jason Reitman, avec Aaron Eckhart, Katie Holmes, Robert Duvall… 21 september Le jardin secret de NausicaäQuel chef d'œuvre que ce film d’animation, adapté du manga éponyme des années 1980, et dont le propos est plus qu’actuel : écologie, tolérance, respect de ses semblables et de ceux qui sont différents. Et c’est ça le grand intérêt que je porte à Miyazaki : battre en brèche tout manichéisme, les apparences, le connu. Nausicaä, princesse de la vallée du vent, est chargée de la protection des hommes y vivant et de la nature alentour. Une menace pèse sur la région : la Forêt toxique, qui progresse et les conduit dans leurs retranchements. Un autre royaume souhaite prendre le pouvoir sur la vallée pour combattre l’avancée de la Forêt ; mais de ces deux menaces, laquelle est la plus réelle ? Celle de la nature, celle d’autres humains ? Ces deux menaces sont-elles vraiment distinctes ? La forêt maléfique et mystérieuse – en cela fidèle aux représentations médiévales occidentales –, porte ici les stigmates de l’homme : elle est née à la suite de siècles de pollution. Autrement dit, l’évocation de la nature chez Miyazaki, comme sa représentation du fantastique (l’atmosphère, les bestioles invraisemblables, le graphisme onirique), ne va pas sans la rationalité du mal que seul l’homme sait générer. (Cela me paraît presque comme une mise en abyme de la science-fiction, qui n’a d’autre origine qu’un cerveau humain.) L’homme veut se rendre maître de son environnement sans en connaître les richesses et les miracles. Orgueil et connaissance s'affrontent plus qu'ils ne sont des alliés. Nausicaä, qui cultive un jardin secret peuplé de spores dites « toxiques », car provenant de la Forêt, accomplit un rite initiatique, et revient à l’origine du monde – qui n’est autre que l’avenir de tout être vivant. Nausicaä de la vallée du vent, de Hayao Miyazaki 15 september Bricoleur de rêveCe film est un drôle de morceau qui offre peu de prises aux commentaires, tant il est délicieusement halluciné et poétique, doux et grave, écartelé entre la réalité, le rêve, et sa représentation. Car Stéphane (notre héros, GGB) imagine un principe d’émission télé (fictif, bien sûr) qui tournerait autour de ses rêves, volontaires ou inconscients, où l’on voit défiler son enfance, sa mère, sa voisine Stéphanie – dont le prénom est prédestiné, comme dans les rêves, non ? –, ses collègues de bureau... Oui, parlons-en, des collègues de bureau : Alain Chabat en anti-mentor obsédé en diable, irrésistible de drôlerie et de truculence, Sacha Bourdo (qui jouait dans Western ; merci Gotra pour me l’avoir rappelé) en acolyte malingre et asexué de la grande Martine, la personnification même de la secrétaire ambiguë et vaguement désirable... Bref, mettez tous ces gens dans une entreprise tapissée de papier peint marron et de moquettes fatiguées à l’aspect douteux, occupés dans un pauvre sous-sol à l’air confiné à mettre au point des calendriers miteux et démodés. Et c’est de là que tout vient. Le calendrier. Stéphane le doux rêveur n’y est pas à sa place, il s’imaginait y faire de l’illustration, comme sa série de "La Désastrologie". Rien de ce qu’il pourra faire ne rentrera dans les grilles étroites d’un calendrier ; rien de ce qu’il ne pourra penser ne sera freiné par les contraintes du temps et de l’espace. Entre la réalité et le domaine du rêve, ainsi que de la mise en abyme de ce dernier, dans un univers en carton-pâte et cellophane plus aérien que les éléments naturels, les frontières sont poreuses, volontairement, puis de manière totalement déréglée, dépassées. Stéphane, s’il n’est pas un maître du temps, est un metteur en scène d’histoires parallèles (et là, c’est le côté autobiographique de l’histoire qui saute aux yeux). Au spectateur de le suivre, d’une réalité morne qu’il fuit à une réalité – Stéphanie – qui lui donne goût à la vie, nourrit ses rêves en même temps qu’elle en est le garde-fou... Et aussi : ce film m’a donné envie de me mettre, une bonne fois pour toutes, au bricolage, et de laisser mes velléités en la matière au placard.
La Science des rêves, de Michel Gondry, avec Gaël Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Emma De Caunes... 06 september Son nom n'est pas TsotsiTsotsi (qui signifie "petit voyou"), petit caïd du bidonville de Johannesburg, a oublié son nom véritable. Et son passé avec. Il braque, assassine sans ciller, agresse à coups de poings furieux l’un des mecs de sa bande un soir de beuverie. Puis il cherche à fuir. Il vole une voiture et tire sur sa propriétaire. La suite, vous l’avez certainement lue : un bébé se trouve à l’arrière de la voiture. Mais il est trop tard, le processus est enclenché, Tsotsi va jusqu’au bout. Plus que l’histoire d’une rédemption qui prendrait des allures manichéennes, le film parle d’une prise de conscience comme seule issue de survie et de défense en plein cœur de l’enfer urbain. L’enfant permet à Tsotsi de s’affranchir de sa propre enfance qui l’empêchait d’être adulte à mesure qu’il voulait l’oublier. Si on ne peut pas vivre dans le passé, on ne peut pas se construire sans. La réalité revient peu à peu à Tsotsi à travers des mauvais rêves où il avait dix ans ; quant à son rêve, on le devine tout autre, bien au-delà d’une destinée sans avenir. C’est donc l’histoire d’un nom, mais aussi celle du regard. On ne choisit pas d’oublier son nom, mais le regard que l’on porte dessus. Mon nom est Tsotsi, de Gavin Hood, avec Presley Chweneyagae, Motusi Magano, Israel Makoe. 01 september Une âme au paradisLacenaire l’assassin aime Garance-la-gaie qui aime Frédérick (Lemaître). Le même Frédérick aime Garance qui aime Baptiste-le-triste. Ce dernier aime Garance qui… aime Baptiste toujours (moins triste, quoique…), mais qui croit que Garance aime le baron (alors que non, jamais). Que le spectateur, conquis (car on l’est tous, devant Les Enfants du paradis), se place du côté de l’histoire ou du point de vue des personnages, c’est clair, la star, c’est Garance (alias Arletty). Garance est belle, oisive, possède une voix de grisette et n’est pas née de la dernière pluie. La rencontre mythique avec Baptiste (le mime) est immédiate. Baptiste est naïf et idéaliste, et, lors de leur premier baiser, exige de sa douce qu’elle l’aime en retour autant qu’il peut la vénérer. Las ! L’idéal théâtral de notre héros se heurte à l’appétit de vie de notre star qui, gaie comme un pinson, entend bien vivre chaque minute comme si elle était la dernière – et qui, aussi et surtout, se méfie des hommes impétueux... Sans compter que les personnages hauts en couleur qui gravitent autour du duo vont ajourner cet amour et s’évertuer à l’enfouir sous le poids du temps. Et Prévert ! Il a offert là à Arletty un rôle en or en lui mettant à la bouche des mots d’esprit si malicieux que l’actrice pétille. Garance, au baron : « Je n’aurais aucune raison de ne pas vous aimer : vous êtes séduisant, vous êtes riche, vous plaisez aux femmes… Mais ne me demandez pas de vous aimer comme s’aiment les pauvres. On ne peut pas tout leur prendre, aux pauvres. » Garance, à Lacenaire : « Votre cœur est chaud, mais votre tête est froide. Je crains les courants d’air. » Lacenaire au baron : « La jalousie est à tout le monde si les femmes ne sont à personne. » Garance à Frédérick : « Paris est petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour. » Ah, rien que d’y penser, je me dis et me redis, c’est magnifique, c’est sublime. Les Enfants du paradis, de Marcel Carné (1946), scénario de Jacques Prévert, avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casarès. 31 augustus Les hommes selon NicoleNicole Garcia sait parler des hommes et les aime tout en restant objective. C’est là son grand mérite. Quant à mêler les histoires d’une petite dizaine d’entre eux et en faire un film, là je suis un peu plus dubitative. Comme vous le savez surement, Selon Charlie est un film choral, où l’on retrouve un enfant, Charlie, témoin silencieux de la vie adultère de son père ; Pierre, le professeur au passé trouble de chercheur ; Mathieu, le scientifique carriériste, ancien coéquipier du précédent ; Serge, le maire de la ville, pris entre ses obligations officielles et une liaison (officieuse, bien sûr) qui prend de plus en plus de place ; Joss, l’ex-taulard, vivotant de combines à la petite semaine… Pendant la première heure du film, les personnages avec leurs problématiques s’installent, les mystères de leur passé et leurs douleurs au présent apparaissent en filigrane, et l’on comprend surtout que ce qui les relie, c’est cette solitude, alliée ou ennemie, qui fait d’eux, comme de nous à certains moments de la vie, des perdus ou des « pionniers », ou bien encore des êtres sans communauté. Puis le nœud se desserre peu à peu, et le mensonge qui tait ces solitudes et liait ces vies est rompu. C’est Charlie, celui dont le silence a été acheté toute son enfance, le point de départ de cette renaissance. Je me suis laissé prendre dans ces histoires et j’ai respecté le travail de cette cinéaste pour son extrême pudeur et un grand sens du réalisme pour l’humanité de ses personnages. Les acteurs sont bien sûr excellents, avec une mention spéciale à Benoît Poelvoorde, Jean-Pierre Bacri et au jeune Ferdinand Martin. Mais le projet kaléidoscopique marginalise forcément certaines histoires par rapport à d’autres, et me semble parfois viser avec trop d’artifice l’exhaustivité (pourquoi est-on aussi témoin d’un bout du parcours d’un jeune prodige du tennis ? Que vient faire cette histoire ici ?), ce qui donne une fin malheureusement trop conformiste (à mon goût, toujours). Selon Charlie, de Nicole Garcia, avec Jean-Pierre Bacri, Benoît Magimel, Benoît Poelvoorde, Vincent Lindon… 03 augustus Le Paris de BillyNous sommes au mois d'août, à Paris, et on se prend à rêvasser à propos de tout et n'importe quoi, à se laisser aller à la nostalgie de ce qu'il a pu se passer jadis comme de ce qu'il ne s'est jamais passé...
Et ce doux songe me fait penser au film Ariane, de Billy Wilder, que j'ai vu sur Arte avant de partir en vacances, qui s'ouvre sur cette évocation du Paris des amoureux, des infidélités et des intrigues... qui sont, il faut le dire, le fonds de commerce des détectives privés.
Claude Chavasse (notez le nom bien franchouille), détective privé, vit avec Ariane (Audrey Hepburn, fraîche comme une fleur), sa fille unique, dans un modeste appartement parisien. Il est chargé par un mari jaloux de découvrir qui est l’amant de sa femme. Frank Flanagan (attention les filles... c'est Gary Cooper!) - vous l'aurez deviné, il s'agit du fameux briseur de couples - un milliardaire redoutable coureur de jupons, entre donc en scène. Le mari jaloux menaçant de faire un sort au don juan, Ariane - l’ingénue ingénieuse - décide d’aller prévenir ce dernier dans sa suite du Ritz au moyen d'une improvisation ô combien aguicheuse tant elle est naturelle. Ariane fait ainsi son entrée dans la cour des grands en embobinant le jadis superbe Flanagan dans les ficelles de son propre jeu. A partir de là, s’enchaînent les coups de théâtre savoureux qui resserrent le nœud de l’intrigue tout en lui donnant l’inimitable légèreté de ton des films de Billy Wilder. Je crois que je me souviendrai longtemps de cette scène, qui d'ailleurs je pense doit faire partie des plus grands moments de cinéma : la nuit d'ivresse solitaire que Flanagan passe à écouter en boucle au magnétophone (ou l'ancêtre de cet engin, je ne sais plus...) la longue liste exotique des amants (fictifs) de la belle Ariane. Il boit, il boit, sans s'arrêter, au rythme de la voix frêle et malicieuse qui énumère ; et devant ça, voyez-vous, j'ai littéralement fondu.
Pour une autre évocation de Paris par Billy Wilder, voir et revoir Irma la Douce, avec Shirley Mc Laine, mon film préféré de Wilder à ce jour...
Ariane (Love in the afternoon), de Billy Wilder, avec Audrey Hepburn, Gary Cooper, Maurice Chevalier… (1957) |
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